Le Shibari, l’Art des Cordes.

Le Shibari est un art ancestral, qui désigne la manière d’attacher avec des cordes. Appelé également Kinbaku ou bondage japonais, cette pratique intrigue ou excite, dérange ou fait peur… mais ne laisse pas indifférent.
Quelles sont les origines de cette crainte ? Cet art est-il réservé aux pervertis, aux adeptes de la luxure, et au milieu underground ? Est-ce une pratique dégoûtante, humiliante ou violente ?
Le shibari n’est pas uniquement l’apanage de la communauté BDSM. Il s’agit avant tout d’un art noble qui possède des règles, qui dispose de techniques, et qui sollicite beaucoup d’attention à celui ou celle qui est attaché(e).


Shibari : qu’est-ce ?
Le shibari est une forme de bondage qui n’a pas uniquement un caractère sexuel : cela implique « simplement » d’attacher une personne et de l’entraver à l’aide des petites cordes de jute tout en créant des formes géométriques avec ces dernières. Cette discipline japonaise demande de la concentration, la connaissance de règles de sécurité, la connaissance anatomiques (réseau nerveux) , de la pratique et surtout, du respect envers le modèle attaché ainsi que ses faiblesses éventuelles (problèmes d’articulation, hypersensibilités localisées, etc.)

Surujin ancien

Le Shibari puise son origine dans la société médiévale japonaise.
L’Art martial de base, l’Hojojutsu, est la maîtrise des cordes dans le combat. La corde , lestée d’un poids, est l’une des 18 armes mises à la disposition des Samouraï. Elle permet de capturer un adversaire par le lancer dans les jambes, autour du cou ou du corp.
Le surujin, ou suruchin, est l’une des armes traditionnelles du kobudo d’Okinawa. Il est composé d’une corde de 150 à 152 cm (2 à 3 pieds) de long, avec un poids attaché à chaque extrémité. Historiquement très répandue, cette arme peut être attachée à une arme ou utilisée séparément.
Une fois l’adversaire capturé, c’est les techniques de KIMBAKU, qui sont utilisées pour immobilisé le capturé pour le transfert, la torture et le châtiment corporel des prisonniers. Le Kimbaku, à au fil du temps, évolué vers un Art plus tôt qu’une technique de combat, pour devenir le Shibari. Celui-ci était donc uniquement pratiqué par une élite formée à cette technique et nommée les Nawashi (Nawa = corde / Shi = Maître) . Selon le statut au sein de la société japonaise, l’attache pratiquée sur le captif était différente et permettait au premier coup d’œil de distinguer les nobles, les samouraïs ou les gens du peuple. Dans la même idée, l’entrelacement des cordes et leurs motifs permettaient par exemple d’indiquer la raison de l’arrestation.

Finalement, la manière dont le Nawashi attachait le prisonnier et les cordes qu’il utilisait donnaient beaucoup de renseignements : son rang social, son crime, son sexe, son âge, sa profession…
L’Histoire
Vers le XVIIIe siècle, le Kinbaku entre progressivement dans les familles japonaises pour devenir une pratique sexuelle tout en restant un art discret. Ce n’est qu’en 1908, que le Shibari est reconnu comme un art à part entière. Toutefois, il faudra attendre les années 60 pour que cette technique s’expose au grand jour sous l’impulsion de John Willie (1902-1962), un photographe britannique adepte du fétichisme et du bondage.

Le Shibari ne se pratique pas de la même façon en Occident et au Japon. Si l’un et l’autre renvoient à la notion de contrainte et d’esthétisme érotique, la version japonaise tend vers une forme de massage qui s’apparente au Shiatsu, c’est-à-dire la stimulation de certains points d’énergie qui seront stimulés sous le passage de la corde. Elle se différencie également de l’Occident par sa contrainte psychologique et sa recherche de la douleur. Autre différence notable, les techniques japonaises utilisent peu de nœuds voir pas du tout, alors qu’en Occident les nœuds seront complexes. Pour les puristes japonais, les nœuds sont disgracieux et ne s’apparentent pas au bondage.

Il n’en fallait pas moins pour que cet art martial soit récupéré par le milieu BDSM, afin de parfaire les techniques de contraintes et d’humiliations érotiques. Mais attention, il ne faut pas confondre la communauté du Shibari et celle du BDSM.
Même si elles s’entremêlent, chaque clan reste sur son territoire. De même, dans le milieu du Shibari, il existe diverses familles : Ceux qui suspendent ou ceux qui travaillent au sol, ceux qui ne font pas de nœuds, ceux qui souhaitent un Kinbaku pur et proche de son origine, ceux qui pratiquent uniquement l’esthétisme sans le sexe, etc.
